(Edition 00/3 page 28)
Le prix du bitume atteint un record
Un front froid aux Etats-Unis, les petits fonds et les restrictions de la production des pays producteurs de pétrole ont fait augmenter au début de cette année le prix du pétrole brut au plus haut niveau depuis plus de neuf ans. Une augmentation du prix qui, de toute évidence, est également un coup dur pour les industries qui traitent du bitume, comme la construction routière et les fabricants de membranes d'étanchéité bitumineuses, des secteurs où les marges bénéficiaires moyennes étaient déjà très restreintes.
Fin 1998, le prix d'un baril de pétrole brut de 159 litres était encore de moins de 10 dollars, mais début février 2000, il fallait déjà payer plus de 30 dollars. Une des causes principales de cette augmentation spectaculaire était la décision des pays producteurs du pétrole - ou en un mot l'OPEP - de diminuer leur production quotidienne de 27 millions de barils à 23 millions. Quatre Etats non membres, dont le Mexique et la Norvège, avaient décidé de suivre cet exemple. Cette mesure est entrée en vigueur en mars '99 et elle serait maintenue pendant un an, mais les pétroliers d'Iran, de la Libye et de l'Algérie ont fait entendre au début de cette année qu'ils souhaitent prolonger l'accord de six mois.
Les membres de l'OPEP ont d'abord limité la production du pétrole brut lourd qui, grâce à son taux de bitume élevé, convient le mieux à la production de bitume. Ce pétrole est moins rentable pour eux, car il ne convient pas tellement à la production de produits légers comme le fuel et l'essence, qui représentent plus de 95% de la production mondiale de produits pétroliers finals.
D'autres causes
L'explosion des prix actuelle n'est pas seulement à imputer à cette restriction de la production. En raison des mauvaises conditions atmosphériques en 1998, l'exécution de nombreux travaux dans le secteur de la construction avait été remis à l'année d'après, de sorte qu'on était confronté en '99 à une demande de bitume extrêmement élevée. Un front froid persistant dans le nord-est des Etats-Unis - d'ailleurs le plus grand consommateur de pétrole du monde - a engendré une croissance supplémentaire de produits pétroliers au début de cette année. La situation est même tellement dramatique que le président Clinton a tiré la sonnette d'alarme afin de maintenir le prix du pétrole endéans de marges raisonnables. Il craignait notamment que les prix actuels affaibliraient l'économie américaine et il s'est même déclaré disposé à entamer - si besoin est - les réserves de pétrole nationales d'environ 567 millions de barils pour limiter le prix.
En plus, fin janvier notre monnaie unitaire européenne a baissé considérablement par rapport au dollar américain et elle a atteint son niveau le plus bas depuis son apparition l'année dernière. Etant donné que le prix du pétrole est exprimé en dollars, ceci crée une sorte de double "choc pétrolier", car suite à la dévaluation de l'euro, le prix du pétrole augmente encore beaucoup plus exprimé en euros ou francs belges.
Les fluctuations face à une politique des prix stable
Un problème supplémentaire est l'opposition entre les grandes fluctuations des prix et les gouvernements qui plaident en faveur d'une politique des prix stable à long terme. Les fabricants de bitume et ses clients sont pris entre deux feux et ils sont obligés de prendre des mesures afin de compenser les fluctuations du pétrole brut et les cotations des devises. Dans des circonstances normales, ces fluctuations peuvent être répercutées sur les prix des produits finals, mais on ne peut jamais prévoir de telles explosions de prix inattendues.
Tout est bien qui finit bien!
Personne ne peut évidemment prédire l'avenir, mais au moment-même
où j'écris cet article, les pays producteurs du pétrole semblent,
sous la pression internationale, abandonner peu à peu leur révolte
contre un rapport de production. En rouvrant peu à peu les robinets du
pétrole, l'offre augmentera progressivement et de ce fait, on contrôlera
de nouveau plus ou moins les prix du pétrole et du bitume. La décision
définitive a été remise à fin mars, quand les pays
OPEP se rassembleront à Vienne pour parler du maintien ou non de leur plafond
de production. Le Mexique, qui ne fait pas partie des membres de l'OPEP, mais
qui a également signé l'accord, a décidé après
la visite du ministre américain de l'Energie Richardson de rouvrir ses
robinets du pétrole à partir du 31 mars. Si le reste des pays producteurs
du pétrole a suivi cet exemple s'est probablement avéré des
résultats des discussions, mais vu la situation actuelle et la pression
internationale, je suppose qu'un renouvellement de l'accord est peu probable.
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