(Edition 00/4 page 30)
Pizarras Samaca: de la carrière à la toiture
C'est vers 1965 que l'industrie ardoisière espagnole a commencé
à se développer jusqu'à représenter, aujourd'hui,
environ 80 % de la production mondiale. Le Benelux a, pour sa part, utilisé
environ 40.000 tonnes d'ardoises espagnoles l'année dernière. Dans
ce secteur, la s.a. Samaca Benelux de Namur est un acteur important, avec un volume
de ventes de près d'un demi million de mètres carrés d'ardoises
naturelles par an, ce qui représente à peu près un tiers
de la consommation annuelle. Fin mars, nous avons eu l'honneur et le plaisir de
visiter, en compagnie de la direction de Samaca et de quelques entrepreneurs,
deux de leurs principales carrières d'ardoises dans le nord-ouest de l'Espagne.
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Le clivage a toujours lieu manuellement. Le bloc est
d’abord divisé en plaques de la largeur du burin, chaque plaque ainsi obtenue
est ensuite refendue en deux jusqu’à l’obtention de l’épaisseur souhaitée. |
L'origine du nom Samaca vient du nom de la coopérative Santa Maria de
Casaio, fondée en 1969. Dix ans plus tard, cette coopérative a
été transformée en Pizarras Samaca s.a. (<< pizarras
>> signifie << ardoises >> en espagnol). Cette entreprise
produit et vend une large gamme d'ardoises naturelles qui sont extraites et
transformées sur les lieux d'exploitation, en Galice, une région
située dans le nord-ouest de l'Espagne. Avec 15 carrières en exploitation
et un total de 700 travailleurs, cette entreprise produit un volume annuel d'environ
90.000 tonnes. Depuis l'année dernière, la production bénéficie
également d'une certification selon les critères de la norme ISO
9002. La filiale belge, Samaca Benelux, dont le siège est situé
à Namur, a été fondée en 1992 et traite annuellement
plus de 500.000 m2 d'ardoises naturelles destinées à
des grossistes en Belgique, au Grand-Duché du Luxembourg, aux Pays-Bas
et dans le nord de la France.
Depuis la fin du 19ème siècle, l'industrie ardoisière a
perdu beaucoup de sa splendeur dans nos régions. En Grande-Bretagne,
la production annuelle est passée, de 300.000 tonnes au début
du siècle, à environ 30.000 tonnes aujourd'hui. En Belgique, seule
une des nombreuses exploitations a survécu. Les causes principales de
ce déclin furent le coût de la main d'oeuvre, le manque de personnel
spécialisé, ainsi que la concurrence de nouveaux produits de remplacement
comme les ardoises en asbeste-ciment. Mais l'importation des ardoises espagnoles
a également joué un rôle important. En effet, à l'époque,
les salaires en Espagne étaient beaucoup plus bas, et comme l'exploitation
avait lieu dans des carrières à ciel ouvert au lieu de carrières
souterraines, les coûts de production étaient largement inférieurs.
Depuis l'adhésion de l'Espagne à l'Union Européenne, la
différence des charges salariales avec les pays du nord a considérablement
diminué, même si l'avantage de prix subsiste, d'autant plus que
l'Industrie espagnole peut amortir ses frais d'exploitation sur un volume de
production beaucoup plus important. L'adhésion de l'Espagne à
l'Union Européenne a amélioré la perception des ardoises
espagnoles par rapport au début, où, effectivement, la qualité
a parfois laissé à désirer. Nous vous rappelons d'ailleurs
qu'une commission d'homologation pour les ardoises naturelles a été
fondée en 1981 dans notre pays afin de retirer du marché les produits
de qualité insuffisante.
8 ardoises homologuées
Fin mars, nous avons été conviés par la direction de Samaca Benelux à visiter 2 des principales carrières Samaca, en compagnie d'un grossiste, les Ets. Meurer de Saint-Vith, et de quelques entrepreneurs. L'excursion promettait d'être agréable et instructive. Après un vol Bruxelles-Madrid de 2 heures et un trajet en autocar de luxe de 5 heures (à travers des chutes de neige, eh oui !), nous sommes arrivés à notre hôtel à Barco (Orense). Après un repos nocturne bien mérité, nous voilà partis pour le quartier général de Samaca à Sobradelo de Valdeorras. Après une première et brève rencontre avec la direction locale, nous avons sauté dans les Jeep pour visiter, au rythme d'un véritable safari, 2 des plus importantes carrières Samaca: la 55 (Juanita) et la 77 (la Ponderosa). Pizarras Samaca dispose de 15 sites d'exploitation actifs, chacun portant des noms différents mais qui ont également été numérotés, pour simplifier leur identification. Etant donné que chaque filon de schiste possède des caractéristiques spécifiques, voire une formation géologique distincte, la qualité et les propriétés des ardoises peuvent varier de carrière en carrière. C'est donc pour cette raison que les Agréments Techniques pour les ardoises naturelles sont attribués par site d'extraction. Samaca dispose de 8 homologations sur le marché belge : la Samaca 28, 29, 33, 39, 52, 55, 56 et 77.
L'exploitation
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Une scie à câble diamanté en pleine action. |
La première phase de l'exploitation consiste à forer des trous dans
lesquels on placera des explosifs pour enlever la couche supérieure de
pierre brute stérile. Lorsque l'on atteint le niveau du filon d'ardoise,
on devient plus prudent. Au moyen d'une perforatrice, on fore un trou horizontal,
et un autre vertical qui se rejoignent afin d'y faire passer un long câble
diamanté. Ce câble est fixé sur une machine qui le fait tourner
à grande vitesse et le tire en même temps en arrière avec
une force suffisante pour lui permettre de couper lentement, mais sûrement
- à une vitesse de 1 m2 par heure- le banc de schiste ardoisier.
Les plus grands blocs ainsi libérés sont transportés par
camion vers l'unité de traitement centrale, près du quartier général,
tandis que les morceaux plus petits sont traités directement dans les petits
ateliers qui se trouvent dans chaque carrière. Les blocs sont d'abord clivés
à épaisseur de sciage avant d'être débités en
éléments de dimensions légèrement supérieures
à celles du format final des ardoises. La fissilité de la pierre
facilite le clivage en minces feuilles parallèles. Ce clivage a toujours
lieu manuellement, en divisant le bloc, d'abord sur une largeur de tête
de burin, puis en les refendant à chaque fois en 2, jusqu'à obtention
de l'épaisseur souhaitée. L'étape suivante consiste à
recouper les ardoises sur mesure, tout en réalisant les bords biseautés
(chanfreins) qui faciliteront l'écoulement de l'eau de pluie. La dernière
étape, néanmoins importante consiste à sélectionner
les ardoises finies en premier, deuxième et troisième choix avant
de les conditionner dans des palettes pour le transport.
Le problème des déchets
L'industrie des ardoises espagnoles est confrontée à une problématique
de gestion des déchets importante, étant donné que le produit
fini ne représente que 2 à 3 % du volume de pierre travaillé.
Le reste des roches, qui triple de volume après exploitation, pourrait
éventuellement être broyé en paillettes d'ardoises ou être
utilisé comme remblais pour la construction routière. Mais étant
donné que le transport de tels produits n'est pas réalisable du
point de vue économique, les déchets sont tout bonnement déversés
dans les vallées des montagnes au nord de l'Espagne. Jadis ceci était
gratuit, mais à présent, il faut provisionner une importante somme
pour la remise en état de l'environnement, ce qui se répercute inévitablement
sur le prix des ardoises.
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