(Edition 99/5 page 26)

Toitures vertes: classification, composition et caractéristiques (1)

Après avoir rappelé leurs origines lointaines, cet article présente les différents types de toiture vertes que l'on peut rencontrer et détaille leurs avantages et inconvénients par rapport à une toiture plate nue. Sans entrer dans les détails, on parle de la composition idéale de la toiture verte après laquelle l'article se termine en évoquant les objectifs de la recherche réalisée à la station expérimentale du CSTC à Limelette.

Fig . Exemple de toiture végétalisée, toiture-jardin légère et toiture-jardin.
0 Végétation
1 Substrat
2 Voile filtrant
3 Drainage
4 Couche de protection
5 Etachéité
6 Isolation
7 Pare-vapeur
8 Pente et support
Les toitures vertes ne forment pas un concept nouveau puisque les célèbres jardins suspendus de Babylone au 7ème siècle avant JC en étaient déjà. Elles ont cependant été oubliées pendant de nombreux siècles et ne feront qu'une timide réapparition à la Renaissance avant de connaître un développement plus important depuis le début du 20ème siècle. Le premier but des toitures vertes était l'isolation thermique contre le froid dans les pays nordiques ou contre la chaleur dans les pays du sud. Ce développement a été beaucoup plus marqué dans les pays scandinaves, l'Allemagne et la Hollande qu'en Belgique où ce type de construction n'a pris de l'ampleur que depuis peu et dans une moindre mesure que dans les pays précités; de nombreuses firmes proposent cependant en Belgique à l'heure actuelle la réalisation de toitures vertes.

Le présent article décrit principalement les aspects descriptifs des toitures vertes ainsi que leurs avantages et inconvénients, puis donne, sans entrer dans les détails, la composition de la toiture plate et de la toiture verte et termine en évoquant le programme et les objectifs de la recherche qui va être réalisée au CSTC.

Classification selon l'aspect et l'utilisation

On peut classer les toitures vertes soit selon leur aspect (type de végétation) et l'utilisation qui pourra en être faite, soit selon la nature et le nombre de couches constitutives.

Les toitures-jardins ou toitures à végétation intensive élaborée

Il s'agit d'un jardin comparable en tous points à un jardin naturel excepté le fait qu'il est réalisé sur une toiture (ou par exemple au-dessus d'un tunnel). Les toitures-jardins sont caractérisées par:

Les toitures végétalisées ou toitures à végétation extensive

Les toitures végétalisées constituent le type de toiture verte opposé aux toitures-jardins; elles sont caractérisées par:

Les toitures-jardins 'légères' ou toitures à végétation intensive peu élaborée

Les toitures-jardins légères constituent le cas intermédiaire entre les toitures-jardins et les toitures végétalisées:

En résumé: Les caractéristiques des trois types de toitures vertes sont résumées au tableau 1. La figure 2 montre un exemple schématique de telles toitures.

Tableau 1: Distinctions toiture-jardin, toiture végétalisée et toiture-jardin légère
Toiture végétaliséeToiture-jardin légèreToiture-jardin
Epaisseur (pour mémoire)< 0,1 mEntre 0,1 et 0,3 m> 0,3 m
Surcharge approx. de la toiture verte30 à 60 kg/m260 à 400 kg/m2 > 400 kg/m2
Type de végétationExtensiveIntensive ou extensiveIntensive
Réalisation en rénovation en bâtiment neufOui OuiParfois à étudierSouvent non à étudier
AccessibleNon*OuiOui
Pente usuelle du support1-35o (2-5%)1-35o (2-5%)1-4o (2-7%)
Entretien de la végétationLimitéMoyenImportant
* Sauf aménagement supplémentaire

Classification selon la composition

La classification décrit ci-dessus permet de fixer les idées quant au type et à l'usage des différentes toitures vertes. Cette classification permet e.a. aux architectes et aux personnes désirant installer une toiture verte de faire un choix en ayant une bonne idée du résultat qu'ils obtiendront.

Une autre manière de raisonner, plus technique, consiste à considérer le nombre de couches ayant des fonctions différentes sans tenir compte de leur épaisseur comme base de classement; on distingue alors:

Exemple mixte de vegétation extensive et de végétation intensive (dans le bacs)

Exemple de végétation extensive

Types de végétation

Végétation extensive (fig. 3)

On retrouve dans cette catégorie les plantes grasses telles que:

Végétation intensive (fig. 4)

On retrouve dans cette catégorie:

Aspect de la végétation

Il ne faut pas perdre de vue que l'aspect de la végétation ne sera pas toujours le même; d'une part, la végétation plantée mettra un certain temps pour atteindre l'aspect voulu, et, d'autre part, cet aspect variera en fonction des saisons.

Amélioration de la gestion de l'eau

1 Egouttage

Lors de pluies ou d'orages violents, les égouts de certaines régions sont régulièrement saturés. L'augmentation de la superficie de toitures vertes permettrait de lutter contre ce phénomène.
En effet, lors d'une pluie, l'eau tombant sur la toiture plate classique est immédiatement évacuée vers les avaloirs et rejetée vers les égouts. Cela peut s'exprimer par:
qout dt= qin dt


qin (l/s2) est le débit de la pluie
qout (l/s) est le débit évacué par la toiture vers l'égout

Fig 5. Principe de l'effet tampon
Dans le cas d'une toiture verte, il existe un effet-tampon: lorsque la pluie atteint la toiture verte, l'eau entre dans les couches de la toiture verte et transite dans celles-ci; ce n'est qu'après un certain temps qu'elle sera rejetée vers l'égout. De plus, une partie de l'eau est consommée par les plantes et une autre est rejetée dans l'atmosphère par évapo-transpiration et n'atteint donc pas le réseau d'égouttage (figure 5).

Cet effet-tampon permettra d'absorber en tout ou en partie (selon l'importance de la pluie et l'épaisseur de la toiture verte) la pointe de crue et de délester de la sorte le réseau d'égouttage.

Sous forme d'équation, cela peut être exprimé par:
qout dt= qin dt- q+ dt+ q- dt- qevap dt


q+ (l/s) est le débit d'eau de pluie entrant dans la toiture verte
q- (l/s) est le débit d'eau rejeté par la toiture verte vers l'égout, après transition
qevap (l/s) est le débit d'eau rejeté vers l'atmosphère par les plantes par évapo-transpiration et par le substrat par évaporation

Les trois derniers termes de cette équation sont inconnus mais il est sur que leur bilan est positif et donc, que le volume rejeté vers l'égout est moindre que dans le cas d'une toiture plate nue.

En quantifiant ces trois termes, on pourrait, par exemple, calculer quelle superficie de toiture verte il faut créer dans un bassin hydrographique donné présentant des problèmes d'égouttage pour obtenir la même amélioration que via la création d'un bassin d'orage d'un volume donné.
La figure 6 montre à titre d'illustration des mesures réalisées en France comparant les débits rejetés vers l'égout en fonction du temps par une toiture plate sans protection, une toiture plate gravillonnée et une toiture végétalisée.

En supposant que la superficie de toitures vertes se développe fort en Belgique, celles-ci pourraient devenir un outil de lutte contre les inondations telles que celles que nous avons connues récemment en Belgique (par exemple en septembre 1998).

2 Qualité de l'eau et récupération

L'eau de pluie qui transite dans la toiture verte avant d'être rejetée vers l'égout subit un certain filtrage. On se trouve alors en présence d'une eau dont la qualité est située entre l'eau de pluie et l'eau de distribution potable; cette eau, partiellement épurée, est appelée 'eau grise'. La récupération de l'eau grise dans une citerne permettrait de développer, comme dans certaines villes d'Allemagne, le concept de double réseau de distribution d'eau, l'un potable pour l'alimentation,.. et l'autre grise pour le nettoyage, les WC, les machines à laver,..

La deuxième partie de cet article, qui sera publiée dans notre édition suivante, traitera entre autres la composition idéale de la toiture verte et les objectifs de la recherche qui sera réalisée à la station expérimentale du CSTC à Limelette.

Ce texte a été utilisé comme conférence par le messieurs M. Eyckens et M.P. Kerstenne pendant les journées d'étude de l'ABEE du et juin dernier et a été réalisé à la demande du comité technique 'Etanchéité' présidé par F. Louwers par un groupe de travail composé de P. Kerstenne (président du groupe de travail), E. Bril, M. Buvé, M. Eyckens, J. Lenaerts, M. Lievens, E. Meert, D. Nonckreman, D. Pessers, D.Raymaekers et H. Steenbrugghe.


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